Bien sûr qu'on n'ira
pas à la
kermesse électorale de printemps ! Trop de res- pect pour la
démocratie,
la vraie ! Trop de mémoire des promesses populistes ou jamais
tenues mais aussi trop de méfiance envers des cadeaux empoi- sonnés
dont sont capables des élus de tout poil ! Trop de rancœur
contre cet- te bourgeoisie voleuse et exploiteuse ! Trop de rage contre
toue cette canaille parlementaire qui s'en fout plein les poches,
nous prennent pour des co- bayes et voudrait nous donner des le- çons
de respect et de justice. Les élus, ces voleurs de vie, croque-mort
du nu- cléaire ou cancrelats génétiquement modifiés,
rien que de la gangrène so- ciale, de la vermine inhibitrice de
l'indivi- du, le poison du collectif. Tout ce beau monde en costard
nous ruine la vie. On ne rêve que d'une chose, c'est
de les foutres à la porte, au boulot ou au chômage ou précaire
dans une centrale nucléaire ; enfin qu'ils nous rendent
tout ce qu'il nous ont volé, à commen- cer par l'espoir
d'une vie meilleure, di- gne, humaine et non d'humanoïdes
as- sistés.
Pour nous, la démocratie, la justice, ce sont les gens d'argentine
qui en ont marre de crever la faim et qui ensemble s'en vont se
servir dans les grands magasins. Ça, c'est de la démocratie active,
c'est de la ré-appropriation, de la redistribution,
de la justice. La dé- mocratie c'est cette mère de
famille au chomdu qui pique les jouets de Noël
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dont ses gosses rêvaient.
C'est Simon, mon copain de Haifa, qui s'en va d'Is- raël
pour ne pas faire le service militaire et tuer ses frères au coin
d'une rue. C'est Gérard, employé dans un hôtel
de Roissy qui refuse d'aménager des chambre pour que les
flics y stockent des sans papiers en attente d'expul- sion. C'est
Alice quand elle crache à la gueule du délégué CFDT
de sa boîte lorsqu'il signe l'accord sur les 35 heures.
La démocratie, la vraie ce sont tous ceux et celles qui refusent
ce système, tous ces exploités qui s'en- traident et
résistent tant qu'ils peuvent à ce monde infâme
qui leur parle de justice et de droit et organise la priva- tion comme
la surconsommation, une société à multi-vitesses,
la démerde et le vol.
On l'a collée mille fois sur
les murs, et on la collera encore l'affiche « Absten- tion,
abstention active ».
C'est la moin- dre des choses si l'on a encore un soupçon
de mémoire et un zeste de lucidité. N'élisons
plus nos voleurs, ne légitimons plus la vraie racaille, celle
des bandits en col blanc qui nous enferme dans des banlieues de misère,
celle qui nous fait travailler comme des chiens pour des salaires
de rien, celle qui nous lâche ses flics pour mieux cacher ses
larcins.
Ils veulent nous parler de
justice, eux qui s'engraissent
sur notre dos et s'auto-amnistient ? Ils veulent nous parler
d'insécurité, eux qui nous entas-
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sent dans des banlieues
aux portes des usines de la morts et nous font bouffer des OGM et leur
dioxine ? Ils veulent nous parler de solidarité, eux qui
ne rêvent que de privatiser la santé comme tous les services
publics ? Ils veulent nous parler d'humanité, eux
qui bom- bardent les populations et intronisent ? Ils veulent nous
parler de mémoire et de transparence, eux qui crachent tous
les jours sur leurs promesses de la veille ? Bientôt pour
se faire élire,
il ne leur res- tera que les voix enchaînées de quelques
chiens à la botte. Alors, ils inventent une nouvelle arnaque
démocratique, le réfé- rendum ou le sondage, et
si cela ne suffit pas, le citoyennisme, cette nouvelle gau- che des
ATTAC, Bové, Motivés et con- sorts qui sont tous prêts
pour la course au trois Pets : Pouvoir, Pognon, Privi- lèges,
et qui, comme les autres, font fi des moyens pourvu qu'ils arrivent à leur
fin.
Il fut un temps où les abstentionnistes se cachaient, se
taisaient, lucides mais honteux. Au moins maintenant, ce pou- voir
immonde nous a fait subir tant d'hu- miliations, tant d'arnaques
qu'il devient de plus en plus difficile d'aller voter
sans passer pour un cocu... ou un collabo.
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