La diabolisation des immigrés est un atout électoraliste de la « droite décomplexée » servant à distraire la population des véritables causes de ses problèmes. L'acharnement et la stigmatisation des étrangers est une stratégie cynique broyant des vies et des familles pour se maintenir au pouvoir. Persécutions, discriminations et rafles en sont les tristes manifestations. L'exemple de l'Indre-et-Loire et de l'agglomération de Tours (37) au cours des dernières semaines est révélateur.
Un bébé de 16 mois en rétention
Telle est la sordide aventure de Mickael Bekay, arrêté avec sa mère à leur domicile de Joué-lès-Tours et placés en rétention près de Rennes pendant 17 jours en février dernier. Si son père, routier congolais vivant en France depuis 17 ans, dispose de papiers en règle, ce n'est pas le cas de sa mère, arrivée en 2001. Quant à lui, le petit Mickael est né dans notre pays. Comble de l'ignominie, comme elle a refusé d'embarquer et d'être séparée de son conjoint, Mme Bekay et son bébé ont été placés en garde à vue !
« Mon enfant a toute sa vie en France. Il a son papa. Là, il ne va pas bien, il pleure et il a perdu du poids. Toute la journée, nous sommes dans une pièce avec cinquante personnes de toutes les nationalités. Il y a beaucoup de bruit […] Il a perdu près de 2,5 kg » Même la nuit maintenant, il faut qu'il dorme avec nous. » Un médecin tourangeau a confirmé les conséquences désastreuses de cette expérience dramatique sur l'enfant.
En avril, le tribunal correctionnel de Rennes a relaxé Bemenga Bekay en jugeant arbitraires et illégales son arrestation et la procédure d'expulsion dont elle a été victime. Mais que se serait-il passé si elle avait docilement accepté d'être chassée et si des militants, à Tours et à Rennes, ne s'étaient pas mobilisés ? Une famille aurait été brisée par le zèle d'un préfet obéissant à une logique de chasse aux immigrés. « Emmenez aussi les enfants » avait dit, en son temps, un certain Laval. A quoi bon célébrer les Justes et commémorer les enfants martyrs, si l'on choisit d'adopter le comportement des bourreaux ?
Hortefeux fait le deuil de l'expulsion d'une veuve
Elisabeth Guérin est Béninoise, son père et son grand-père étaient Français. En 2005, elle se marie avec un Tourangeau et vient s'installer en France, à Montlouis. Malheureusement, son mari est décédé en octobre 2007. L'administration décide alors de ne plus renouveler son titre de séjour et de l'expulser.
L'affaire obtient un retentissement national avec la publication d'un article dans Le Monde. Hortefeux réagit aussitôt et annonce à la radio, le 6 avril, qu'il a demandé au préfet de régulariser Elisabeth en expliquant que « les services de la préfecture ont commis une erreur manifeste d'interprétation de la loi ».
Pas gonflé le ministre, il désavoue publiquement les sbires qui appliquent ses consignes, assorties d'objectifs chiffrés, quand ils se font prendre la main dans le sac. Et si la rédaction du Monde avait choisi ce jour-là de publier un autre article ?
Prière d'attendre... sur le trottoir
C'est globalement ce que la préfecture de Tours a demandé à une mère et son enfant. Le 28 février, Halima et sa fille de 6 ans, arrivées d'Algérie en 2004, se retrouvent sans papiers et à la rue. Les habitants et parents d'élèves du quartier Velpeau de Tours se mobilisent alors en les hébergeant à tour de rôle et en entreprenant des démarches pour contraindre la préfecture à une régularisation. C'est chose faite le 29 avril, après l'obtention d'une promesse d'embauche. Cependant, l'administration ne leur a délivré pour l'instant qu'une autorisation provisoire de séjour.