En 1992, John Major poursuit la politique de fermeture des mines britanniques initiée par Thatcher : le site gallois de Tower Colliery fait partie de la charrette. Les mineurs protestent, puis en 1994, 174 d’entre eux décident de racheter la mine avec leur prime de licenciement de 8.000 livres. Le 2 janvier 1995, le site est désormais exploité par une SARL de 240 mineurs-actionnaires. Chacun apportant la même somme.
Entreprise récupérée et autogérée, Tower Colliery, dont l’aventure est racontée par Jean-Michel Carré
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Charbons ardents, Le Serpent à plumes (livre), Le Grain de Sable (film), 1999.
, est un exemple révélateur des limites d’une expérience autogestionnaire enkystée dans une société capitaliste.
A la tête de l’entreprise autogérée se trouve un conseil de 6 directeurs élus parmi les travailleurs. Chaque année, 2 directeurs sont remplacés, mais les sortants peuvent être réélus. Directeurs et membres du conseil d’administration viennent de la mine. Le poids du syndicat des mineurs est également énorme : de fait, un mineur doit être syndiqué au NUM pour être accepté. Le secrétaire du syndicat est aussi élu par les mineurs et continue à travailler. Il existe une véritable osmose entre les directeurs et le syndicat qui encadrent le fonctionnement de la mine (tous les directeurs, à l’exception de l’expert-comptable, sont syndiqués). Mais, c’est l’assemblée générale des actionnaires, réunie 4 fois par an, qui est souveraine : elle peut s’opposer aux propositions de l’exécutif ou du syndicat (un projet de création d’un musée fut rejeté) et chacun doit rendre des comptes. La base exerce un contrôle reconnu sur ses représentants, directeurs
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« si les directeurs s’avisaient de ne plus nous écouter, ils risqueraient de perdre leur siège aussi vite qu’ils l’ont eu ! » , p. 79.
ou syndicalistes
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« Eh Will, c’est nous qui t’avons mis là ! N’oublie pas, sinon on t’enlève de ta place ! », p. 78. 4 - « ils ne peuvent plus abuser de leur autorité, parce que sinon, on n’hésite pas à leur foutre un bon coup de pied au cul ! » , p. 79.
. En conséquence, le pouvoir des cadres est également limité à un rôle d’organisateur à l’écoute des autres travailleurs
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« ils ne peuvent plus abuser de leur autorité, parce que sinon, on n’hésite pas à leur foutre un bon coup de pied au cul ! » , p. 79.
. La concertation est la clé de voûte du système : les mineurs peuvent exprimer leurs remarques auprès d’un directeur ou d’un représentant syndical et inversement ceux-ci s’informent auprès des travailleurs
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p. 81.
.
Cependant, l’autogestion reste inachevée à Tower Colliery car certains aspects capitalistes n’ont pas disparu.
Il n’y a pas de structure horizontale et une hiérarchie perdure. L’autorité des chefs est admise, tout comme une certaine supériorité
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« on leur donne du Monsieur », « ils nous dirigent, ils nous donnent des ordres, ils peuvent même nous renvoyer », p. 87. « Il faut garder une structure avec des dirigeants », « si vous laissez trop de familiarité entre les dirigeants et les hommes, c’est la discipline qui en prend un coup », p. 88. « on ne peut pas sans cesse consulter l’ensemble des actionnaires », p. 93.
. En outre, des inégalités salariales sont instaurées (cadres, mineurs, travailleurs en surface, femmes à la cantine…), ce qui occasionne quelques frictions
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p. 103 à 107, 140-141.
.
Le désir de produire plus pour accroître les profits et s’enrichir est très présent au sein des mineurs. Une légère cupidité qui conduit à un projet d’exploitation d’un autre site en collaboration avec une entreprise capitaliste, Celtic Energy. Les mineurs se justifient en expliquant que les profits réalisés servent à redynamiser une vallée économiquement sinistrée
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p. 55, 99-100.
. Certains mineurs déplorent le développement d’un certain arrivisme chez leurs collègues
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p. 114, 147-148 : « Beaucoup se contentent d’être actionnaires. », « ils n’ont plus qu’un mot à la bouche : argent », p. 184-185. 190 : « on s’est aperçus que 5 millions de F étaient partis en rémunération d’heures supplémentaires sans véritable raison ».
ou des inégalités en fonction du nombre d’actions possédées
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p. 113.
.
Ce productivisme est d’autant plus problématique que les travailleurs retirent leurs richesses d’une énergie particulièrement polluante et dont les quantités sont limitées.
Des mineurs espèrent que les mentalités évolueront grâce notamment à l’éducation et rêvent d’un monde qui ne serait pas dirigé par le profit. Un autre rappelle que « Si nous voulons quelque chose, nous devons lutter pour l’obtenir » et que les travailleurs ne doivent pas compter sur un gouvernement de gauche
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p. 206.
. Mais dans l’ensemble, les mineurs se contentent d’amasser les profits de leur mine d’or et ne s’impliquent guère dans le fonctionnement autogéré.
Cette expérience démontre que des travailleurs peuvent parfaitement gérer leur entreprise, mais que l’autogestion ne peut se réaliser pleinement qu’en dehors du carcan capitaliste qui pervertit les mentalités (cupidité, intériorisation de la hiérarchie et des inégalités…).