Samedi 13 janvier 2007, le CANI (Collectif des Alternatives au Nucléaire de l’Indre) organisait une manifestation contre le projet de construction du nouveau réacteur nucléaire EPR. Il s’agissait ainsi de relayer un appel du
Réseau sortir du nucléaire et du collectif Stop EPR. à Châteauroux, comme dans bien d’autres villes, des militants « écologistes » ont apporté au siège d’EDF un méga chèque symbolique de 3,3 milliards d’€, prix de la construction d’un réacteur EPR. C’est un tour de chauffe avant la journée de mobilisation du 17 mars 2007, où 5 grandes manifestations sont prévues en France (Rennes, Lille, Strasbourg, Lyon, Toulouse), visant à faire pression sur les candidats aux élections présidentielles pour qu’ils s’engagent à renoncer au projet EPR et donc à privilégier une autre politique énergétique que le « tout nucléaire » imposé en France par décret depuis 1974. Rappeur, rappelons que si la presse fait état des hésitations des populations à accueillir des éoliennes, personne n’est ravi de voir une centrale nucléaire, un centre de traitement ou d’enfouissement des déchets radioactifs dans sa commune. Les Français sont d’ailleurs loin d’être enthousiastes face à l’énergie nucléaire : selon un sondage de la Commission européenne réalisé en 2006 : 21 % des Français y sont favorables, mais 33 % opposés et 44 % sans avis
1Sondage mentionné dans un reportage du 13 h de France 2, le 10 janvier 2007.
. Selon l’
Eurobaromètre de la Commission européenne publié en janvier 2006, le développement de l’énergie solaire est réclamé par 48 % de l’opinion de l’Europe des 25 (63 % en France), l’éolienne recueille 31 % (38 % pour les Français) et le nucléaire seulement 12% (8 % en France).
La bataille de l’opinion publique est capitale. Le lobby nucléaire tente ainsi d’exploiter le réchauffement climatique, la réduction des gaz à effet de serre et la raréfaction du pétrole pour justifier un développement des centrales nucléaires. Le rapport « Une politique énergétique pour l’Europe » publié par la Commission européenne apporte de l’eau à leur moulin en soutenant le recours au nucléaire.
Greenpeace critique vivement ces couleuvres en expliquant que l’objectif de réduction des gaz à effet de serre fixé par la Commission est insuffisant, que les ressources en uranium sont estimées à 60 ans
2« Plan énergétique européen : Greenpeace dénonce une confusion des objectifs », Lemonde.fr, 10 janvier 2007.
ou encore que les centrales contribuent au réchauffement des eaux des cours d’eau utilisés pour le refroidissement des réacteurs (ce qui engendre une modification de la faune et de la flore aquatique). Globalement, la voie nucléaire n’est qu’un leurre dangereux puisqu’on tenterait de résoudre le problème du réchauffement climatique pour se retrouver rapidement confronté à celui de la gestion de déchets hautement dangereux. Ce ne serait que déplacer et reporter les problèmes de pollution et d’épuisement des ressources. En outre, il sera impossible de pousser les pays de l’Union européenne à mener une politique énergétique commune axée sur le nucléaire, compte tenu de l’opposition de certains membres : 7 centrales ont fermé dans l’UE au 1er janvier 2007 (Angleterre, Bulgarie, Slovaquie) et 3 pays ont planifié la fermeture de tous leurs réacteurs d’ici 2030 (Allemagne, Suède, Belgique)
3« Réchauffement du climat et pétrole cher relancent le nucléaire », Le Monde, 28 décembre 2006. Si l’article se fait l’écho bienveillant des recommandations de la Commission européenne favorables au nucléaire, il est aussi rappelé que la part de l’atome dans la production mondiale d’énergie passera de 6 % à 5 % en 2030. Dans l’UE, les pays nucléophiles sont : la France, la Finlande, les 3 États baltes, la Pologne et la Roumanie.
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L’incident de la centrale suédoise de Forsmark le 25 juillet 2006
4« La Suède refroidie par ses réacteurs », Libération, 5 août 2006. En 1980, lors d’un référendum, 58 % des Suédois s’étaient prononcés en faveur du démantèlement des centrales nucléaires. Selon un sondage de juin 2006, 85 % de la population seraient favorables à la poursuite des centrales. Il est évident que si on leur repose la même question après l’incident, la tendance se sera de nouveau inversée.
n’a pas rassuré les Européens. Bref, si les populations sont plutôt hostiles au nucléaire, il n’est pas certain que leurs dirigeants aillent jusqu’à les contredire dans ce domaine. Cette conscience populaire des dangers du nucléaire est la principale force de blocage à la prolifération des centrales. C’est donc le terrain de chasse des nucléophiles.
Il est nécessaire de démonter les arguments du lobby nucléaire, ce que les militants du CANI ont entrepris à travers une petite scénette réalisée sur la place du marché et relayée dans les médias locaux. Il faut également proposer des alternatives, en l’occurrence, les énergies renouvelables non polluantes («
Du vent, du soleil et de l’eau ! » pour reprendre un slogan d e la manifestation du 13 janvier) sont privilégiées. Une étude du
Réseau sortir du nucléaire expose un autre avantage de ces énergies : elles créeraient 15 fois plus d’emplois que le recours aux nouveaux réacteurs EPR qui n’en créera que 3005.
Cependant, il serait dangereux de se limiter à rechercher le meilleur moyen de satisfaire nos besoins délirants en matière d’énergie. La sauvegarde de l’environnement est surtout incompatible avec notre mode de vie actuel et sa généralisation (l’empreinte écologique de notre pays représente 2,8 fois plus que ce que notre territoire peut régénérer
5Un courant alternatif pour le grand ouest, enquête conjointe du Réseau Sortir du nucléaire et de Les 7 vents du Cotentin, février 2006. Le recours aux énergies renouvelables créerait plus de 5.000 emplois.
. L’association
Alliance pour la planète a proposé une action, menée le 1er février 2007 (jour de la remise d’un rapport d’experts mondiaux sur le climat), consistant à éteindre lumières et veilleuses pendant 5 minutes de 19 h 55 à 20 h. Un opération symbolique destinée à éveiller les consciences sur ce suicide collectif lent que représente notre mode de vie.
Si la multiplication des «
petits gestes pour sauver la planète » peut paraître dérisoire, c’est déjà un point de départ. à travers ces initiatives se développe une réflexion critique sur la vanité de notre civilisation, au sein de laquelle la consommation et l’enrichissement matériel écrasent l’épanouissement des êtres dans un cadre viable. Ce sont globalement les mêmes principes qui fondent l’exploitation des travailleurs et la destruction de notre environnement.