Remarques sur la manifestation du 8 février à Paris

Au départ, et c’est le sujet principal du tract, il s’agissait d’une manifestation unitaire SNCF annoncée depuis le mois de novembre 2006 ! Petit à petit est venue se greffer une journée d’action de l’ensemble de la fonction publique axée, comme par hasard, sur la défense du pouvoir d’achat, élément clé du programme de la gauche.
Le point de rassemblement des manifestants SNCF se situait Place d’Italie. Beaucoup d’entre eux étaient venus par le train car s’il y avait bien une grève des fonctionnaires, ce n’était pas le cas ni à la RATP ni à la SNCF (sauf éventuellement des préavis locaux et de manière très minoritaire). On peut interpréter cela de plusieurs façons : le fait de ne pas gêner les transports permet d’acheminer plus de monde à Paris, dans le cas d’une manifestation centralisée ; mais l’extension du mouvement et la constitution de manifestation sur l’ensemble du territoire rendent caduque cette explication. De plus la grève SSNCF aurait concerné tout les services et non pas les seuls voyageurs. Une autre explication, plus plausible, est la volonté de ne pas gêner ni provoquer d’animosité en période pré-électorale, montrant de ce fait la collusion entre les politiciens et les chefs syndicaux (si nous n’en étions pas encore persuadés). Pour nous, la lutte quotidienne syndicale doit s’accompagner d’une critique de nos activités, fussent-elles dénommées par le système « services publics », ne pas oublier comment elles sont nées et leur utilité sociale. Des revendications autogestionnaires et de gratuité sont insuffisantes, voire contradictoires avec un réel changement de société (nous développerons ce point de vue dans un prochain article). Arrivés pour distribuer nos tracts, nous nous sommes rendus compte de la forte présence de la CGT, répartie à proximité de ses cars / sono / buvettes. Les cégétistes de la SNCF ont ceci de particulier, pour beaucoup d’entre eux, de penser que le stalinisme est encore vivant et qu’un tract de la CNT est une agression à leur pensée unique ! D’autres groupes, comme SUD, sont par contre plus demandeurs et viennent facilement réclamer notre « prose ». Nous nous mîmes également en devoir de rechercher les autres cortèges de fonctionnaires qui cheminaient par d’autres itinéraires pour faire la jonction au lieu de dislocation. Cortèges très aérés (espaces entre les services), très corporatistes, silencieux, les seuls slogans ou chants émanaient des cars-sono.
En conclusion, nous ressentîmes une forte impression de tristesse et de repli sur soi ; aucune parcelle de spontanéité ne s’échappait de cette morosité, chacun suivant l’autre pour faire son devoir de contestation. En route vers la tristesse égayée par la puérilité des sifflets, pétards et torches à flamme rouge des cheminots shootant leur canette de bière.

Syndicat Intercorporatif de l'Essonne
(Le Combat syndicaliste CNT-AIT – pages confédérales – février/mars 2007 n° 209) Imprimer