Harcèlement moral
(Le Combat syndicaliste nov. – déc. 2000)
Comme dans le harcèlement sexuel, le but visé par le harceleur
moral est la soumission, sans condition, du harcelé. Cette pratique génère de graves perturbations physique et psychologique
chez la victime qui, peu à peu perd toutes ses capacités de résistance, et finit par se rendre aux exigences de son harceleur.
Les procédés pervers sont des procédés qui engendrent du stress et de l'angoisse puisque rien n'est nommé
par l'agresseur qui puisse expliquer les raisons de son attitude.
Les victimes cherchent des explications logiques, alors que le processus est autonome, qu'il n'a plus rien à voir
avec elles. Elles disent souvent que ce qui fait naître l'angoisse, ce ne sont pas tant les agressions franches,
auxquelles elles pourraient répliquer, que les situations où elles ne sont pas sûres de ne pas être
en partie responsables.
Elles répondent en vain par des réponses inadaptées qui aggravent la violence et qui entraînent une
usure, puis un dysfonctionnement neurovégétatif.
Elles sont en même temps comme anesthésiées et ne sont évidemment pas au maximum de leurs
possibilités intellectuelles...
Comme ces pressions se poursuivent sur de longues périodes (des mois, parfois
des années), la résistance de l'organisme s'épuise, il ne peut plus éviter l'émergence d'une anxiété
chronique avec un état d'appréhension et d'anticipation permanent.
Ce n'est en général qu'au stade de la décompensation que les victimes de
harcèlement moral commencent à chercher de l'aide.
D'une façon étonnante, à ce stade, lorsque la médecine du travail reçoit des
salariés harcelés sur leur lieu de travail et qu'elle leur propose un arrêt de travail il est rare qu'elles
l'acceptent au motif qu'elles pensent alors que la situation ne ferait
qu'empirer à leur retour.
La décompensation peut se faire:
1) sur un mode psychosomatique ce qui ne peut
s'exprimer verbalement est joué à travers le corps (crise de colite aiguë nécessitant
parfois une opération, ulcères à l'estomac, maladies de peau, crise d'hypertension artérielle, etc...).
On voit des victimes prendre 10 à 30 kg ou maigrir de façon anormale qui les affaiblit exprimant ainsi à travers leur corps
une atteinte psychique dont elles ne prennent pas conscience. Les troubles
psychosomatiques ne résultent pas uniquement de l'agression, mais surtout
du fait que les sujets sont dans l'incapacité de réagir puisque, quoi qu'ils
fassent ils ont tort et que, quoi qu'ils fassent ils sont coupables.
2) par des états dépressifs majeurs pouvant amener au suicide.
3) sur un mode comportemental caractériel chez des sujets plus impulsifs, la décompensation peut
se faire par des passages à l'acte violent. Ces réponses résultent directement de la provocation perverse. Elles sont des
tentatives vaines de se faire entendre. Ce peut être la crise de nerfs en public ou bien le passage à l'acte
agressif à l'encontre de l'agres.
Les femmes demandent de l'aide plus souvent que les hommes, mais les
hommes se suicident plus que les femmes. Cette réalité rejoint celle de la dépression dans la population en général.
On peut penser qu'il est plus difficile pour un homme que pour une femme d'avouer qu'il est victime de harcèlement,
parce que cela ne cor respond pas à l'attitude " virile " qu'on demande aux
hommes d'adopter.